Initiatives récentes dans l’édition scientifique : vers le libre accès ?

20 mars 2008 Thérèse HAMEAU

Lors du Salon du Livre, trois personnes participaient à une table ronde sur l’édition en libre accès  , organisée par l’INIST-CNRS et animée par Capucine Cousin : Frans Lettenstrom (Springer Verlag), Jens Vigen (CERN) et Herbert Grüttemeier (INIST-CNRS).

La position de Springer

Selon Frans Lettenstrom (FL), les éditeurs doivent s’adapter au mouvement du libre accès  , c’est une question de survie. L’accord avec la Max Planck (MP) qui mixe abonnement et libre accès  , illustre cette évolution. Les chercheurs de la MP conservent leur droit d’auteur   s’ils publient en libre accès, comme les autres chercheurs qui optent pour la formule « Open Choice ». Ainsi, Springer essaye un modèle mixte. Pour le moment, il y a très peu d’articles « Open Choice » et aucune répercussion sur le coût des abonnements. Mais, ce dernier devrait diminuer.

SCOAP3 et les modèles de financement

SCOAP3 se développe depuis trois ans mais n’est pas encore opérationnel. Beaucoup de discussions ont eu lieu entre les acteurs de la communauté scientifique. Elles ont démarré d’abord entre chercheurs du CERN puis se sont étendues aux agences de recherche puis aux éditeurs. Des colloques ont eu lieu. Un groupe de travail regroupant les trois acteurs a été constitué. Le modèle recherché est d’obtenir un « sponsoring » pour payer les frais de publication  , car, selon Jens Vigen (JV), le modèle hybride   n’est pas adapté aux besoins des physiciens. Certains éditeurs souhaitent tenter l’expérience, les chercheurs sont d’accord, reste à convaincre les bibliothécaires de réorienter l’argent des abonnements. Cela fonctionne bien dans certains pays dont la France. Pour le moment, seulement 30% de l’argent nécessaire au financement de SCOAP3 a été obtenu. La « tournée » aux USA est un succès - la recherche américaine représentent 25% de la recherche en physique.
JV est optimiste quant à la réussite de ce modèle pour la phyqique. Cependant, il ne pense pas que celui-ci soit transposable à d’autres domaines. Une étude doit être réalisée pour répondre à cette interrogation ; une demande de financement auprès de l’Union européenne a été faite dans ce but.
FL pense que ce ce modèle pourrait être étendu pour le financement car chaque chercheur ne peut financer ses publications.
Herbert Grüttemeier (HG) précise qu’il existe de plus en plus de recommandations, notamment par l’Union européenne, pour que le coût des publications fasse partie des coûts de la recherche. Pour lui, le modèle SCOAP3 peut fonctionner dans le domaine de la physique car peu de revues sont concernées. Il pose la question au cas où d’autres centres de recherche passeraient le même type d’accord que la MP : quelle serait la conséquence de l’augmentation du nombre d’articles en libre accès. FL répond que les éditeurs rendent un service de publication pour les chercheurs, pas pour offrir l’accès. Springer propose la gratuité pour certains pays en développement comme l’Afghanistan, même si ce n’est pas une solution durable.

Droit d’auteur

Tous s’accordent pour être pragmatiques en ce qui concerne le droit d’auteur. Pour JV bien que certains éditeurs y soient « allergiques », les chercheurs doivent conserver les droits d’utiliser leur travail, sans demander l’autorisation aux éditeurs, même si ces derniers doivent aussi avoir certains droits.

Position des jeunes chercheurs

Les jeunes chercheurs, selon JV, ne sont pas très intéressés car ils veulent être publiés dans les meilleurs revues, d’où l’idée de SCOAP3 : rendre les revues en physique librement accessibles. Pour FL, les chercheurs veulent publier dans des revues prestigieuses. HG fait remarquer que des revues en libre accès, notamment celles de PLoS, ont un bon facteur d’impact  . De même, la qualité des revues en libre accès est garantie par des comités éditoriaux comme pour les revues classiques. Pour les intervenants, la qualité est indépendante du mode de financement des revues.

Les archives ouvertes

De plus en plus d’éditeurs acceptent le dépôt mais, pour Springer, précise FL un lien doit exister vers la version finale sur le site de l’éditeur. Comme le rappelle JV, les physiciens sont des précurseurs puisque 100% des articles sont accessibles en version preprint. HG se demande qui va continuer à payer les abonnements si une grande majorité de la littérature scientifique est en accès libre, mais il est vrai que la période d’embargo   protège les éditeurs.

Pour écouter le podcast de la table-ronde : cliquez ici