Journée d’étude sur le Libre Accès à Metz, 21 septembre 2010

29 septembre 2010 Hélène Prost

A l’heure où les quatre universités lorraines envisagent de déposer leurs thèses dans une plateforme commune, une journée d’étude a rassemblé chercheurs et bibliothécaires lorrains. L’objectif de cette journée était « de donner un aperçu pratique des grandes problématiques de l’accès ouvert aux contenus scientifiques, et de leurs rapports avec le modèle commercial, à la fois sous l’angle de la diffusion de la recherche, et sous l’angle de son suivi par les institutions où s’exerce la recherche ».

Un exposé des différents modèles éditoriaux

Annaïg Mahé, maître de conférences à l’URFIST de Paris, a rappelé le contexte historique et dressé un panorama des différents modèles éditoriaux de la publication scientifique. Son exposé donne une définition des alternatives possibles au modèle commercial traditionnel, proposées par la voie verte   ou la voie dorée   et fournit des exemples de réalisations, comme l’archive ouverte   HAL, le répertoire DOAJ ou les listes de SherpaRoméo et SherpaJuliet. Malgré la tiédeur de l’accueil que les chercheurs réservent au mouvement du Libre Accès  , Annaïg Mahé suggère que l’avenir de ce mouvement dépend de la volonté des chercheurs : « avec un minimum d’effort, ils en retireront un maximum de bénéfices. »

Retours d’expérience

Deux retours d’expérience ont permis d’appréhender comment le Libre Accès   pouvait être intégré dans le cadre des activités des chercheurs.

La politique en faveur du Libre Accès adoptée à l’université de Liège (ULg) a été présentée par le recteur, Bernard Rentier, et le directeur des bibliothèques, Paul Thirion.
Face au coût toujours plus exorbitant des abonnements, il a été décidé de s’orienter sur les différentes voies du Libre Accès.

  • La voie d’or est proposée par PoPuPS, le portail de publication de périodiques scientifiques de l’ULg : l’objectif est de permettre à chaque membre de l’université de diffuser en libre accès, gratuitement et largement la revue qu’il édite. Regroupant 13 revues, le portail fournit 4 000 articles accessibles et enregistre la consultation de 400 articles par jour.
  • La voie verte est représentée non seulement par BICTEL/e, le serveur institutionnel des thèses de doctorat dont le dépôt est obligatoire, mais aussi par ORBi (Open Repository and BIbliography), le dépôt institutionnel de l’université. Le dépôt est sous-tendu par une politique forte selon laquelle « toutes les publications de tous les auteurs de l’ULg depuis 2002 doivent être déposées dans ORBi » dans le respect des droits de chaque acteur et « seules les références présentes sur ORBi seront prises en compte dans tout processus d’évaluation de dossier ». L’archive compte beaucoup plus de références qu’attendues (plus de 50 000), intégrées par 4 652 auteurs différents et reliées au texte intégral dans de fortes proportions. Le succès de cette politique s’explique par le fait que l’auteur est responsabilisé, placé au centre du processus de publication et qu’il bénéficie de nombreux services à valeur ajoutée.
    ORBi se positionne au 35e rang mondial sur 988 dans le Ranking Web of World Repositories en juillet 2010.

Cécile Soudan, ingénieur d’étude au Centre de recherches historiques (EHESS-CNRS) a exposé dans quelles circonstances les Dossiers du Grihl et de l’Atelier du Centre de recherche historique ont été intégrés dans le portail Revues.org, suite au besoin de l’institution de disposer d’une bibliographie sur quatre ans. La mise en ligne a donné une deuxième jeunesse aux textes anciens.

Le droit d’auteur  

La problématique du droit d’auteur fut abordée par Marie Déroche du Service prospective et développement de la Présidence de l’université de Strasbourg. Appartenant au réseau Curie , elle a travaillé dans le cadre de ce réseau sur un contrat type de cession de droit entre le chercheur et son éditeur, en adaptant notamment la « Copyright Tool Box » de SURF aux Pays-Bas. Ce contrat permet d’encadrer l’utilisation d’une postpublication   dans une archive institutionnelle  , en préservant les intérêts des trois acteurs, auteur, éditeur et institution.
Certains participants ont fait remarqué qu’à ce type de contrat, on peut cependant préférer le principe d’une licence sur le modèle des Creative Commons  , qui ne correspond pas à une cession de droits mais à une autorisation de certains usages.

Intérêts pour les chercheurs et les établissements

Pour clôturer la journée, une table ronde animée par Ghislaine Chartron (INTD) a rassemblé Alain Richard (CRAN), Joachim Schöpfel (UFR IDIST, Université de Lille 3), Denis Didier-Rousseau (Laboratoire de météorologie dynamique, ENS, UPMC, Ecole Polytechnique) et Paul Thirion (université de Liège).

  • Le libre accès aux publications scientifiques favorise leur meilleure visibilité  , valorise l’institution, facilite l’insertion professionnelle, rend possible une stimulation intellectuelle plus globale entre des équipes de recherche qui ne se connaissaient pas.
  • Même si plus on est lu, plus on a la possibilité d’être cité, il est trop tôt pour affirmer que le libre accès a un réel impact sur la validation par les citations. Une revue en libre accès   peut avoir un facteur d’impact   élevé, mais les articles les plus téléchargés dans une archive ouverte, ne sont pas forcément les plus représentatifs d’un véritable travail scientifique.
  • Le monde du Libre Accès n’est pas en totale opposition avec celui des éditeurs commerciaux ; ils sont complémentaires.

Cette journée, signal fort pour le développement des archives institutionnelles lorraines, est venue à point pour encourager les chercheurs et le personnel des bibliothèques à s’engager en faveur du Libre Accès.