Le Libre Accès aux résultats de la recherche.

Publié le 22 novembre 2004, par Anne-Marie Badolato, Thérèse HAMEAU

2. Les problèmes et interrogations soulevés

 

Le mouvement du Libre Accès   préconise deux stratégies, archivage en Libre Accès
ou publication en Libre Accès : doit-on opter pour l’une ou l’autre ou les deux
 ?
Quelle que soit l’option choisie, elle suscite de nombreuses interrogations
sur les plans économiques, juridiques, techniques et organisationnels avec des
répercussions importantes sur le financement et l’évaluation de la recherche.
Les questions portent également sur l’accès et la préservation des résultats
de la recherche qui doivent tenir compte des spécificités liées aux disciplines
scientifiques.

Les archives ont comme objectif de faciliter la communication des résultats
scientifiques : les chercheurs y déposent leurs propres résultats et ont accès
à ceux des autres chercheurs. Elles ont comme effet l’augmentation du lectorat
et la rapidité d’accès aux documents déposés.
La création des archives doit se décider au niveau national et, soit chaque
discipline scientifique a son archive, soit chaque institution constitue sa
propre archive, l’un n’excluant pas l’autre. La granularité appliquée à chaque
domaine scientifique peut être différente. Elle est liée à la discipline elle-même
et à la manière dont la recherche dans le domaine est organisée dans le pays.

De plus, il paraît indispensable de tenir compte de ce qui existe déjà au niveau
international, européen et français. Il existe, par exemple, l’archive internationale
en physique arXiv.org auquelle participent les chercheurs français et dont le
CCSD est le site miroir. On peut également citer l’archive PhysiologieAnimale
créée par l’INRA.

Ces archives doivent constituer des réservoirs pour tous les résultats de la
recherche aussi bien les articles scientifiques que les données brutes et les
données factuelles. Il existe de plus en plus de données issues de la recherche
qui ne sont pas incluses dans les publications. L’un des intérêts de ces réservoirs
est de permettre le lien entre toutes ces données.
En mettant en place des archives, les institutions seront à même de connaître
les publications produites par leurs chercheurs et d’assurer la préservation
et l’accessibilité à long terme des résultats de la recherche.

Actuellement, les archives ne peuvent remplacer les revues, qui remplissent
principalement trois fonctions :

  • assurer la validation du contenu des articles par un comité d’experts internationaux  ;
  • fédérer les chercheurs autour d’une thématique ;
  • promouvoir leur contenu dans le but d’avoir une visibilité internationale.

Ainsi, les revues demeurent indispensables. Le modèle de publication en Libre
Accès tend à répondre à ce fait et de plus améliore l’accès aux résultats de
la recherche. Les articles subissent le même processus de validation que ceux
d’une revue « traditionnelle ».
Ce modèle est appliqué pour de nouvelles revues ou pour des revues existantes.

Pour mettre en place cette stratégie, certains éditeurs optent pour un nouveau
modèle économique qui est de faire supporter les frais de publication par les
auteurs ou leurs institutions.
Si les institutions de recherche choisissent de soutenir le Libre Accès, cela
suppose que ces derniers fassent partie intégrante du financement de la recherche,
alors que jusqu’à présent seul l’accès à l’information scientifique et technique
est pris en charge, sous forme d’abonnements aux revues. Dès le début d’un projet,
une part du budget devrait donc être prévu pour les publications.

Dans un premier temps le coût pour accéder et le coût pour publier s’additionnent.
On peut penser que dans un deuxième temps, la masse d’informations disponible gratuitement sera telle que les besoins des chercheurs seront assurés par ces
publications, et la part des revues accessibles par abonnement va notablement
diminuer réduisant d’autant les coûts d’accès.
Concernant la publication en Libre Accès, les institutions peuvent agir à deux
niveaux : le soutien aux revues et l’adoption de ce modèle pour les revues qu’elles
éditent ou subventionnent. La mise en application du concept du Libre Accès
se décline sous différentes formes :

  • accès libre et gratuit à l’intégralité de la revue ;
  • accès libre et gratuit à l’intégralité de la revue avec frais pour les auteurs  ;
  • accès libre et gratuit à une partie d’une revue avec frais pour les auteurs (modèle hybride) ;
  • accès libre et gratuit à l’intégralité de la revue un certain temps après sa parution (« moving wall »).

L’évaluation de la recherche, comme elle est pratiquée actuellement, peut être
un frein au développement du Libre Accès. Pour éviter cet écueil, les processus
d’évaluation des chercheurs doivent tenir compte des articles publiés sous ce
label. Si ces derniers répondent aux mêmes critères de qualité que les articles
publiés dans des revues traditionnelles, la plupart des revues en Libre Accès
n’ont pas de facteur d’impact. L’une des explications est que ces revues en
Libre Accès sont récentes et que le mode de calcul du facteur d’impact nécessite
au moins une ancienneté de trois ans. Par contre, elles bénéficient d’une plus
grande visibilité, qui pourrait avoir un effet positif sur ce facteur, mais
qui ne suffit pas à lever les réticences des chercheurs pour publier dans ce
type de revues.

Les deux voies du Libre Accès ne sont pas antagonistes, elles ont la même
finalité - le Libre Accès aux résultats de la recherche. Mais elles n’ont pas les mêmes ambitions et ne nécessitent pas l’implication des mêmes acteurs pour
leur mise en oeuvre, à l’exception des chercheurs qui, eux, ont un rôle central.

Aussi, si les institutions choisissent de soutenir le Libre Accès, un travail
de sensibilisation est à effectuer auprès des chercheurs sur :

1. le coût de l’information scientifique et plus particulièrement sur le coût
de l’accès aux revues (prix des abonnements). Les chercheurs ont une alternative
aux revues traditionnelles qui est de publier dans des revues appliquant un
nouveau modèle économique mais respectant les règles de validation des articles
 ;
2. l’intérêt de déposer dans des archives institutionnelles. Les chercheurs
sont assurés d’avoir un accès pérenne aux résultats de la recherche.