• Accueil
  • Archives
  • Evénements
  • Libre accès à l’information scientifique et technique : État de l’art et perspectives - janvier 2003

Libre accès à l’information scientifique et technique : État de l’art et perspectives - janvier 2003

1er février 2003

Le Séminaire sur le Libre Accès   a réuni plus de 200 participants qui ont assisté aux interventions et débats que suscitent le courant du libre accès. Il a également été l’occasion de faire état d’attentes et d’expériences dans ce domaine. La question du libre accès à l’information scientifique et technique (IST) qui agite aujourd’hui une partie de la communauté scientifique est révélatrice d’un certain nombre de bouleversements survenus au cours des dernières décennies.
Si la « mercantilisation » de l’information a amené les éditeurs scientifiques à supplanter progressivement les institutions publiques en matière de diffusion de l’IST, les révolutions technologiques liées à l’informatisation et au développement des réseaux offrent aujourd’hui de nouvelles perspectives.

Soucieux de se réapproprier les mécanismes de l’édition savante, chercheurs et bibliothécaires tentent à présent de promouvoir des systèmes d’information « ouverts », à la fois mieux adaptés aux besoins de la communauté scientifique et basés sur de nouveaux modèles économiques.

Projets et initiatives

Initiative de Budapest pour l’Accès Ouvert |Voir l’intervention...|
Jean-Claude GUEDON, Professeur, Université de Montréal, membre de la commission de l’information de l’Open Society Institute
La publication scientifique est en crise : partiellement dominée par des intérêts commerciaux en forme d’oligopoles dont les enjeux n’ont pas grande relation avec les exigences des scientifiques, la République des sciences, domaine de l’excellence, a été subrepticement transformée en ploutocratie scientifique où règnent diverses formes d’élitisme et, bien entendu, d’exclusion. Le coût des revues scientifiques se situe désormais hors de portée d’une bonne partie du monde et même des institutions moins riches dans les pays riches. Quelques efforts palliatifs comme eIFL de l’OSI contribuent bien à établir un rempart défensif temporaire et partiel contre ces tendances négatives, mais ils ne peuvent prétendre offrir une solution à une crise largement engendrée par des pratiques commerciales aisément assimilables à des coutumes prédatrices : il suffit de penser aux taux de profit, souvent supérieurs à 30%, de ces oligopoles pour comprendre la raison d’un terme aussi vigoureux dans le cadre de ce colloque. Contre les agissements des oligopoles, peu de solutions existent. Les petites entreprises commerciales ou sociétés savantes aux ambitions financières modestes, bien que sympathiques, laissent sceptiques : si elles ne réussissent pas, inutile de commenter ; si elles réussissent, elles deviennent des cibles possibles pour les grands oligopoles et il devient dès lors difficile de résister à la tentation de se faire racheter ou « soutenir » par les poids lourds de l’édition scientifique commerciale. La seule solution viable est de reprendre la question de la publications scientifique à la base et de construire les processus de publication qui répondent le mieux possible aux besoins des scientifiques, à ceux des gestionnaires de la recherche et à ceux des décideurs et instances publiques qui soutiennent la majeure partie de la recherche fondamentale mondiale. Ceci veut dire :
1. pour les scientifiques, une circulation et une visibilité maximales, ainsi qu’une validation aussi efficace que possible pour deux ordres d’exigences reliés entre eux mais néanmoins différents : d’une part la gestion des étapes de la carrière institutionnelle, et, d’autre part, la gestion de la carrière intellectuelle ;
2. Pour les gestionnaires de la recherche, une évaluation aussi précise et rapide que possible de la qualité réelle des travaux accomplis par les chercheurs, évaluation reposant plus sur l’utilisation des données d’usage que sur l’effet de filtre des « gatekeepers », trop subjectif et rapide pour remplir avec l’objectivité nécessaire les objectifs désirés ;
3. Pour les organismes de soutien à la recherche et les responsables des politiques de recherche, un accès général et ouvert aux flux de communication des scientifiques entre eux (ce qui ne veut pas dire un accès nominal, évidemment) permettrait de voir avec précision les points chauds de la recherche scientifique et effectuer des choix nationaux en connaissance de cause. Actuellement, les grands oligopoles seuls ont accès à ce genre d’information et personne ne sait ce qu’ils font de ces connaissances. Cette forme d’espionnage intellectuel ne devrait pas être confisquée en grande partie par des intérêts privés, mais bien mis à la disposition du monde entier.
La meilleure façon pour la communication scientifique de remplir ces objectifs divers consiste à se placer en accès ouvert tout en retravaillant les étapes et les significations des diverses formes d’évaluation qui doivent accompagner ces flux de communication. Ainsi l’activité scientifique pourra-t-elle commencer à se rapprocher de l’idéal d’un système de création placé sous le signe de l’intelligence distribuée.
L’Open Society Institute, ainsi que d’autres organismes philanthropiques, telle la Fondation Moore et d’autres, se sont clairement rangés dans le camp de la communication scientifique en accès ouvert. Plusieurs exemples de réalisations en cours seront présentés au cours de cette communication.

E-BIOSCI (Portail européen d’accès à l’information factuelle et en texte intégral en sciences du vivant) |Voir l’intervention...|
Les GRIVELL, Responsable du projet
Pour rechercher des informations spécifiques dispersées dans une multitude d’articles en texte intégral ou dans des bases de données, l’expert doit s’appuyer sur des outils informatiques. De tels outils doivent être adaptés à la complexité du ou des langage(s) naturel(s), doivent pouvoir reconnaître sans ambiguïté des gènes ou d’autres symboles utilisés par les scientifiques et comprendre toute une variété d’aspects linguistiques complexes.
Pour relever ce défi, EMBO a décidé de créer le réseau E-BioSci, un service d’information scientifique destiné à relier les données génomiques, factuelles ou les images à la littérature scientifique dans le domaine des sciences de la vie. Ce service sera développé en partenariat avec différents organismes de recherche en Europe et recevra un financement de la Commission européenne au cours des trois prochaines années.
Le prototype actuellement en cours de réalisation permet une recherche intelligente en texte intégral, la recherche de documents similaires du point de vue sémantique, la recherche dans plusieurs réservoirs et la recherche en plusieurs langues. Il permet la reconnaissance de gènes et des symboles de protéines dans le texte intégral et indique les services de consultation des bases de données disponibles. Les versions ultérieures proposeront une représentation graphique des relations sémantiques entre les documents et les entités obtenues suite à une interrogation.

FIGARO (European Academic Digital Publishing Initiative) |Voir l’intervention...|
Stefan GRADMANN, Coordinateur technique du projet, Chef de l’Unité Bibliothèque Virtuelle, Université de Hambourg
Le projet FIGARO financé par l’Union européenne est concerné par le libre accès à l’information scientifique électronique à plusieurs titres : premièrement, il aborde les grandes questions de l’économie de l’édition puisqu’il propose un nouveau modèle économique fédératif (cet aspect a déjà fait l’objet d’une présentation par Bas Savenije à Louvain récemment), deuxièmement, il doit mettre en œuvre le protocole OAI (qui bien entendu est utile, mais pas suffisamment original pour justifier une communication à part dans le cadre de ce séminaire), et troisièmement il s’intéresse vivement aux aspects techniques du libre accès aux objets informationnels électroniques. J’aborderai brièvement ces deux premiers points mais j’insisterai plus particulièrement sur ce dernier aspect ; j’évoquerai donc les questions des modèles de documents indépendants des fournisseurs, des identifiants et des techniques de pointage et de liens ouverts qui sont autant de conditions au libre accès à l’information électronique.

SPARC (Scholarly Publishing and Academic Resources Coalition)
|Voir l’intervention...|
David PROSSER, Directeur SPARC Europe, Oxford
Le modèle actuel de la communication scientifique ne parvient pas à répondre aux besoins en information des chercheurs dans le monde. Les nouvelles technologies (en particulier l’avènement de l"17;Ift%rnet) nous ont permis de repenser ou de réinventer la communication scientifique. L’exposé suivant présente les modèles inédits qui mettent en œuvre avantageusement les nouvelles technologies et évoque quel pourrait être l’avenir de la communication scientifique. En particulier, j’insisterai sur le développement d’archives institutionnelles, sur les revues en libre accès et sur la manière dont leur interaction pourrait contribuer à l’avènement d’un monde où la recherche serait accessible à tous à l’échelle planétaire.

De la propriété intellectuelle à la communauté des biens intellectuels
|Voir l’intervention...|
Paul F UHLIR, Directeur du Bureau des programmes internationaux en IST, et du Comité national des Etats Unis de CODATA. Académie nationale des Sciences /Conseil National de la Recherche (Etats Unis)
La recherche publique est un univers essentiellement ouvert, communautaire et coopératif. Elle est fondée sur la liberté d’investigation, le partage des données et la divulgation intégrale des résultats de la recherche pour les chercheurs dont les motivations essentielles sont la curiosité intellectuelle, la volonté d’influencer la perception qu’ont de l’univers leurs contemporains, la reconnaissance de leur travail par les pairs et la promotion du bien public. Bien que cette conception normative et ce système de valeur aient été antérieurs à la révolution du numérique et des réseaux, ils se prêtent parfaitement à une expérimentation et à une utilisation de ces nouvelles moyens techniques, qui à leur tour facilitent les utilisations ouvertes, distribuées et coopératives de l’information. Ce n’est donc pas un hasard si de nombreux modèles nouveaux de communautés virtuelles basées sur la connaissance et de services d’information associés ont vu le jour et ont connu leurs premières formalisations dans le secteur de la recherche publique. On peut citer comme exemples, les revues en libre accès, les archives ouvertes, les réseaux fédératifs de gestion des données, les systèmes ouverts et décentralisés de validation par les pairs, les collaboratoires pour les expériences virtuelles et les observatoires virtuels, entre autres. Ces nouvelles fonctionnalités, prises dans leur ensemble, s’inscrivent dans une tendance plus générale de production à la fois formelle et informelle d’information par les pairs dans un environnement décenralisé, bénévole et ouvert. Ces activités répondent à des principes qui sont davantage des biens intellectuels communs que des biens de propriété intellectuelle et qui reflètent les valeurs communautaires de la république des sciences. Cette communication présente certains de ces nouveaux modèles de production, de gestion et de diffusion de l’information dans la recherche publique et analyse certains des facteurs et conditions nécessaires à leur réussite.