Plus d’accès, plus de recherche, plus d’innovation... d’accord mais comment ? février 2007

27 février 2007 Anne-Marie Badolato

La Commission européenne organisait les 15 et 16 février derniers, à Bruxelles, une conférence sur la publication scientifique dans l’espace européen de la recherche :
"Scientific Publishing in the European Research Area
Access, Dissemination and preservation in the digital age".
Vous en trouverez ci-dessous un compte rendu.

Suite à l’étude commanditée par la Commission européenne et aux différentes consultations et réactions, la conférence organisée par la Commission n’est qu’une étape supplémentaire dans la réflexion de cette dernière sur l’accès, la dissémination et la préservation de l’information scientifique.

La Commission européenne a pris la mesure de l’importance de l’accès et de la préservation des résultats de la recherche - y compris les données - pour la construction de l’espace européen de la recherche sans pour autant prendre parti sur leur mise à disposition en Libre Accès  . Il s’agit plutôt de tenir compte des intérêts des acteurs impliqués et d’instaurer un débat sur les questions soulevées par ces problématiques.

Le document publié à cette occasion est une communication conjointe de la direction générale de la Recherche et de la direction générale Société de l’information et Médias. Cette communication reprend les enjeux organisationnels, juridiques, techniques et financiers liés à l’accès et à la préservation. La Commission européenne y expose sa position à savoir qu’elle est favorable à un accès plus large mais que toutes les parties prenantes doivent être impliquées dans « ... tout processus de transformation par rapport à l’accès, la diffusion et la préservation de l’information scientifique. ». La Commission européenne est également financeur de la recherche au travers notamment des programmes cadres. A ce titre, elle précise que les coûts de publication en libre accès   sont éligibles pour les projets soutenus par ses programmes ; le dépôt dans des archives, limité à des programmes spécifiques, devra respecter une période d’embargo   et s’adapter aux spécificités disciplinaires. D’autre part des budgets sont dédiés pour la période 2007-2008 au projet d’infrastructure (50M€), de préservation (25M€), et d’accès et d’utilisation de l’information scientifique (10M€ -programme eContentplus).

La conférence, ouverte par Janez Potocnik, commissaire pour la Science et la Recherche et clôturée par Viviane Reding, commissaire pour la Société de l’information et les Médias, met en présence les différents acteurs impliqués, sans qu’il y ait véritablement de débat.

  • Les éditeurs commerciaux insistent sur l’importance de leur rôle - et de leurs investissements - dans la diffusion de l’information scientifique, leur réactivité et leur adaptation. Ils s’appuient sur la Déclaration de Bruxelles - signée par 35 éditeurs et 8 associations d’éditeurs - publiée pour l’occasion et dans laquelle ils rappellent l’importance du « peer-reviewing ».
  • Les éditeurs de revues en Libre Accès démontrent la viabilité du modèle économique   choisi et la complémentarité de cette solution avec celles des archives institutionnelles,
  • Les institutions de recherche exposent leur politique et leurs initiatives complémentaires pour l’amélioration de la diffusion des résultats scientifiques.
  • Les financeurs de la recherche - concernés par la visibilité  , la validation et la préservation - dressent un premier bilan de la mise en place de leur politique et exposent les évolutions possibles.

La majorité des acteurs semble favorable au Libre Accès et la pétition - signée par plus de 17 000 personnes et plus de 700 organismes et remise officiellement au commissaire Potocnik avant le début de la conférence - est prise en compte. Cependant, au vu des enjeux économiques qui pèsent sur l’édition scientifique, la Commission européenne ne prend pas position clairement pour Le Libre Accès préférant encourager les expérimentations de nouveaux modèles et commanditer des études complémentaires pour alimenter la réflexion.
Les sessions parallèles organisées dans le cadre de la conférence traitent d’aspects spécifiques de la publication scientifique : modèles économiques, infrastructure et préservation, qualité, copyright  . On retiendra les préoccupations suivantes :

  • les nouveaux modèles économiques doivent prouver leur viabilité ;
  • la préservation des publications et des données est nécessaire à la construction de l’espace européen de la recherche ;
  • la validation par les pairs est indispensable pour garantir la qualité, quel que soit le modèle de diffusion ;
  • les spécificités disciplinaires sont indéniables, les initiatives des communautés scientifiques ne sont pas reproductibles.